Le blog de Jean Horvais (Professeur, département d'éducation et de formation spécialisées à l'Université du Québec À Montréal)
parce que "... le plus beau métier du monde, après le métier de parent (et d'ailleurs c'est le métier le plus apparenté au métier de parent), c'est le métier de maître d'école..." Charles Péguy
------ Ne supra crepidam sutor iudicaret ! ------
Du 27 décembre 2025 au 4 janvier 2026, nous avons participé à un séjour à la Maison École des Artistes Atypiques et le Monde à côté de Rouyn-Noranda. Au programme : musique et neige (en masse !).
Un matin, nous proposons à toute l'équipe de formuler des vœux. Des vœux pour soi, des vœux pour des personnes proches, des vœux pour le monde. Toutes les idées furent notées. Je les ai reprises, mises en forme et en musique. Puis nous avons enregistré la chanson avec les voix de tout le monde, piste par piste. Enfin, nous avons imaginé un scénario et tourné un "lipdub". Regarde bien, j'y suis...
Avec nos meilleurs vœux pour 2026, voici ce que cela donne...
Horvais, J. et Beaulieu, S. (2025). Autisme, déficience
intellectuelle : une formation-accompagnement en médiation artistique
[Chronique]. Formation et profession, 33(2), 1-4. https://dx.doi.org/10.18162/fp.2025.a352
Quelques adaptations et liens avec notre grand projet FAMA (Formation en Assistance à la Médiation Artistique) ont permis de l'expérimenter au sein de la Gang à Rambrou. Nathanaël et Mohamed ont fait avec les participants une préparation minutieuse et inventive pour cette grande journée du 17 décembre.
Nous avons abondamment documenté la journée en photos et vidéos et nous en ferons le bilan complet à la rentrée avec les participants. Mais d'ores et déjà, on peut dire que ce fut un succès ! joyeux, festif et enrichissant pour toutes et tous. Un grand moment de fierté pour celles et ceux qu'un funeste diagnostic assigne à la marginalité et à la présomption d'incapacité et d'ignorance.
Tous les vendredis, j'anime un nouvel atelier à la Gang à Rambrou : l'atelier philo
Introduction :
Les membres de la Gang à Rambrou expriment souvent, de façon ponctuelle et
peu prévisible des réflexions à teneur philosophique. Sans en avoir vraiment
conscience, sans formation académique, leurs pensées concernent des thèmes
fondamentaux de la vie et de la condition humaine. Un atelier de philosophie
régulier est l’occasion de développer ces expressions spontanées en les
rattachant à des thèmes fondamentaux de la tradition philosophique. Cet atelier
est conçu comme un espace de dialogue régulé entre les personnes participantes.
Il a pour objectif que chaque personne s’enrichisse des réflexions des autres
et apporte au collectif sa propre contribution. Les traces documentaires de ce
dialogue seront précieusement colligées pour assurer la mémoire du groupe, pour
faire connaitre le travail de l’atelier aux autres membres de l’organisme et
pour une diffusion plus large. Cet atelier a pour finalité de produire un
recueil écrit et un recueil audio des réflexions, validés par les intéressés.
Il a aussi pour but d’alimenter la recherche scientifique émancipatoire sur
la diversité capacitaire des personnes minorisées par l’attribution d’un
diagnostic stigmatisant tel que celui de la déficience intellectuelle.
Fonctionnement :
Proposition pour des rencontres hebdomadaires de novembre 2025 à juin 2026
Les personnes participantes
·Les
séances réunissent 6 à 8 personnes participantes qui ont librement choisi de
s’inscrire à l’atelier pour le nombre de séances proposées.
·Ces
personnes sont capables d’interactions verbales dans une conversation longue.
L’animateur a pour
fonction :
·De
préparer les séances
·De
distribuer la prise de parole
·De
présenter le thème de la séance
·De
faire des relances en conservant une stricte neutralité pour faciliter
l’approfondissement de la réflexion
·De
maintenir une ambiance respectueuse et paisible dans le groupe
·De
garantir la sécurité affective de toutes les personnes
Déroulement d’une séance :
·Accueil
·Énoncé
du thème choisi ensemble par consensus en fin de séance précédente
·Audition des expressions qui circonscrivent sémantiquement le thème et qui peuvent
donner l’impulsion à la réflexion et à la prise de parole. Une dizaine de
phrases simples qui montrent que le thème est présent dans la vie des
personnes.
·1er
tour de parole pour une expression personnelle indépendante des propos des
autres protagonistes
·Nouvelle
audition des expressions qui circonscrivent sémantiquement le thème (objectif :
améliorer leur mémorisation, permettre à chaque personne de vérifier que sa
réflexion est en lien avec un des aspects du thème, offrir une nouvelle
occasion de développer sa pensée dans la même ou une autre direction)
·2ème
tour de parole pour une expression personnelle indépendante des propos des
autres protagonistes
·Discussion :
chaque personne peut reprendre les propos d’une autre, les prolonger, proposer
une alternative, les contredire (avec respect), etc.
·3ème
tour de parole : bilan personnel : « ce que je retiens
d’essentiel dans la séance ».
·Réalisation :
écrit, dessin, vidéo…
Règles de fonctionnement :
On demande la parole et on la distribue en ordre
On ne coupe pas la parole à celui ou celle qui parle
Relances :
Qu’est-ce qui te donne à penser cela ?
Aurais-tu un exemple à proposer ?
Peux-tu préciser ce que tu entends par « …. » ?
Qu’en pensez-vous, les autres ? (suite à une reformulation éventuelle)
Première séance : la beauté
Qu’est-ce
qu’on veut dire quand on dit : « c’est beau ! » ?
Pourquoi on n’est pas tous d’accord à ce propos ? Je vois ou j’entends quelque chose et je dis
« c’est beau !» C’est quoi, la beauté ? Est-ce que c’est pareil quand on dit « c’est
beau » à propos d’une musique, d’un tableau, d’un paysage, d’une
personne ? Qu’est-ce que c’est une belle personne, une belle
maison, une belle voiture, un bel animal… etc. ?
Résumé
des idées partagées :
Chaque personne voit les choses différemment. C’est tout à fait correct
comme ça.
On n’est pas obligés d’être d’accord avec les autres pour trouver que
quelque chose est beau ou pas beau.
On s’est demandé s’il était possible de faire des comparaisons. Par exemple
pour dire quel dessin est le plus réussi. Ce n’est pas facile à faire et ce
n’est pas nécessaire. Mais une personne peut se dire qu’elle a mieux réussi une
œuvre cette fois que la fois précédente. Elle peut se dire qu’elle a fait des
progrès.
On a envie de dire d’un tableau qu’il est beau parce qu’on voit que ça a
demandé beaucoup de travail. On voit que l’artiste y a mis tout son cœur.
Ce qui rend les personnes belles, c’est le regard. On ressent qu’une
personne est belle à travers l’échange des regards. La voix compte aussi
beaucoup. On ressent de la beauté quand la personne dit des choses qui sont
vraies, authentiques, apaisantes.
Un paysage aussi est beau lorsqu’on ressent de la paix en le regardant. Quand
il y a des belles couleurs, du soleil. La mer aussi est belle parce qu’on y
entend le bruit apaisant des vagues.
Finalement, la beauté, c’est un goût personnel, une préférence. On est
souvent d’accord avec ses amis, sa famille sur ce qui est beau.
On ne peut pas trouver vraiment belles, des choses qui provoquent de la
tristesse, de la peur, quand ça montre de la violence.
Je ne peux partager que la vignette vidéo dans laquelle je résume les échanges pour le groupe, mais auparavant, chaque participant a fait l'exercice.
Deuxième séance : le courage
Qu’est-ce qu’on appelle le courage ? ça veut dire quoi, être
courageux, être courageuse ? Pourquoi dit-on souvent qu’il faut être
courageux, courageuse ? Quand,
comment peut-on ou doit-on se montrer courageux, courageuse ?
Relances : pourquoi parle-t-on parfois de découragement ? Est-ce
que c’est le contraire du courage ? Faut-il toujours être courageux,
courageuse ? Qu’est-ce qui est encourageant ? Qu’est-ce qui nous
encourage ? Et nous, on encourage qui, comment ?
Résumé
des idées partagées :
Le contraire du
courage, c’est quand on est découragé. Il faut être courageux mais parfois on a
raison d’être découragé par ne journée d’enfer ou quand on perd souvent dans un
jeu ou un sport. Il faut alors se donner plus de force, d’espoir, rebondir,
progresser pour une performance exceptionnelle. La réussite donne du courage.
Le courage nous
faire réaliser des choses qui nous rendent fiers de les avoir réussies. Par
exemple quand pour le théâtre, j’ai un long texte à apprendre. Ça demande du
temps et du courage pour aller jusqu’au bout de l’apprentissage.
Le courage, c’est
être fort, être capable de faire les choses quand ça va bien mais aussi quand ça
va mal. Avec le courage, on est capable de passer à travers des moments difficiles,
tels que la pandémie.
Le courage, c’est
de faire quelque chose de difficile et de persévérer, comme par exemple, pour
moi, prendre le micro et parler devant les autres.
Ça prend parfois
du courage pour aller vers les autres, les aborder, essayer de les connaître. Par
exemple, aller parler avec une fille qu’on trouve belle mais qu’on ne connait
pas.
Le courage, c’est
quand j’ai été face à un danger lors d’une fusillade dans mon quartier. Même si
j’ai ressenti de la peur sur le moment, j’ai agi pour me protéger et aussi pour
protéger des enfants autour de moi. Ensuite, j’ai ressenti de la fierté de ce que
j’avais eu le courage de faire.
Il m’a fallu du
courage pour parler de devant une caméra devant des acteurs et actrices connus
lors de l’enregistrement de l’émission Facteur A.
Lors d’une compétition
sportive de course, j’ai foncé avec courage, parce que les gens autour m’ont encouragé.
Le courage, ça permet de se démarquer, d’être fier de qu’on a fait.
Le courage, c’est
affronter ses peurs, faire ce qu’on n’a pas l’habitude de faire.
On est découragé
quand le courage n’a pas payé.
L’encouragement :
Je suis monté en haut
de la tour du CN à Toronto avec une amie qui avait très peur parce qu’elle avait
le vertige. Je l’ai encouragée en lui disant : « Viens avec moi,
reste à côté de moi ! » Elle était contente d’avoir réussi et moi
aussi. On peut encourager avec des mots et avec des gestes.
Dans une aventure
de Tintin, j’ai vu des personnages qui en encourageaient d’autres en leur
disant de ne pas perdre espoir.
Des exemples de courage
impressionnants, on en voit dans des films d’action comme James Bond. Ce sont des
personnages qui incarnent le courage.
Gagner de l’argent
pour le travail que l’on fait, c’est encourageant.
Ça m’encourage
quand quelqu’un me donne des exemples, me montre l’exemple, me donne des solutions
qui m’encouragent à persévérer.
C’est encourageant
de dire à une personne : « Tu es capable ! »
Nouvelle étape de l'implantation de APPROSH à l'hôpital de Rivière-Rouge : un show devant public dans la salle de conférence de l'établissement avec les patients et les personnels que nous avons formés. Ces dernières ont pris en main toute la préparation avec les patients : depuis la création du répertoire musical jusqu'à la décoration de la salle. Bravo !
L'assemblée de mon département m'a octroyé un "court congé de perfectionnement" selon notre convention collective. En septembre et octobre 2025, je suis allé en France et j'ai pu faire plein de choses. Voici un petit résumé.
4 septembre et 1er octobre : préparation puis séminaire doctoral à l'Université Lumière Lyon2 à l'invitation de ma chère collègue Jennifer Fournier.Ses travaux portent sur l’accès à l’intimité, à la sexualité et à
la conjugalité pour les personnes en situation de handicap ainsi que sur
la prise en compte de ces dimensions de la vie dans les pratiques des
entourages professionnels. Ses étudiants travaillent donc sur ces mêmes thématiques.
17-18 septembre : Journées d'étude "L'accompagnement : épistémologies, normes, espaces et techniques". L’« accompagnement » est devenu un terme
incontournable dans le vocabulaire des politiques publiques en France –
et, toute proportion gardée, dans l’espace francophone. Il recouvre un
large éventail de pratiques et d’expériences dans des domaines aussi
diversifiés que l’éducation, le travail, la santé, l’économie,
l’écologie etc. Ces journées d’étude
sont consacrées à ce patchwork qu’est l’accompagnement et interrogent
ses fondements épistémologiques, les espaces et temps sociaux dans
lesquels il se déploie, ainsi que ses ressorts techniques et normatifs. Cet
évènement s’adresse aux différents publics (académique, professionnel,
associatif et militant) qui s’intéressent aux problématiques en rapport
avec l’accompagnement. Il réunit des chercheuses et des chercheurs
travaillant sur l’accompagnement dans ses plus différentes
configurations, afin de saisir les (dis)continuités politiques, morales,
éthiques et matérielles de cet objet protéiforme.
24 septembre et 15 octobre : préparation en ligne puis rendez-vous à Paris avec une enseignante française qui se qualifie pour devenir enseignante spécialisée. Entretien pour son passage d'examen du CAPPEI.
2-3-4 octobre : stage "L'enfant au cœur de la création de chanson" à Clermont-Ferrand. Ce stage avec des artistes musiciens professionnel qui enseignent dans les écoles maternelles et primaires m'intéressait pour enrichir ma pédagogie en matière de création mélodique. Ce furent trois jours passionnants, créatifs, instructifs, inspirants. Sous la conduite de Charlie Rabuel. Musicien multi-instrumentiste spécialiste de la création musicale
en collectif, Charlie Rabuel travaille depuis 20 ans avec des publics et
dans des cadres extrêmement variés : de la petite enfance à la
gériatrie, musicien.nes ou non, en situation de handicap ou non, à
l'école, en milieu hospitalier, en milieu carcéral ou en conservatoire,
etc. Riche de ces expériences, il a développé de nombreux dispositifs
adaptés permettant l'émergence, le développement et l'expression
artistique de toutes et tous, utilisant l'improvisation comme vecteur de
rencontre musicale et humaine.
7 octobre : rendez-vous exploratoire pour de futurs projets avec Chantal Ray qui a pour projet de monter une école alternative dans le Beaujolais. Voici la page du projet : https://www.letincellebeaujolaise.fr/ A suivre...
9 octobre : au cinéma Les 400 Coups Villefranche.
Échange après le film "Différente" de Lola Doillon, intervention du
Professeur Jean HORVAIS de l'Université du Québec à Montréal - UQÀM.
22 - 23 octobre : Rencontre de préparation de projets de formation sur le modèle APPROSH avec Sandrine Amaré, responsable du "TransLab’ Azimut" à Ocellia.
20-21-22-23 octobre : Colloque et triennale du LISIS à Caen. https://www.lisis.org/ . Pour le colloque, j'ai présenté le cours ASS712B.
Pour la triennale, j'ai animé la séance :
13h30 – 14 h
Présentation Vers un modèle
d’opérationnalisation professionnelle dynamique de la notion-outil de besoins
éducatifs particuliers (Hervé Benoit)
14 h – 15 h
Discussion en sous-groupe et plénière (Animées
par Jean Horvais)
+, au cours de ces deux mois, des rendez-vous zoom pour le suivi des projets et activités au Québec : rendez-vous avec étudiants, collègues, conseils d'administration, comité d'organisation, etc.
A la faveur de mon séjour dans le Beaujolais, je prends connaissance dans le bulletin du département de l'inauguration le 18 juin dernier d'un sentier mémoire de Salles-Arbuissonnas pour évoquer la mémoire d’André et Simone Romanet, un couple d’instituteurs Résistants du Beaujolais ayant sauvé des dizaines d’enfants, notamment juifs, durant la Deuxième Guerre mondiale.
Je me souviens que dans les années où j'enseignais dans l'école primaire de ce village (1989-1999), j'ai vu arriver un soir après la sortie des enfants de l'école, un grand et vieux monsieur très distingué, prenant appui sur une canne. Comme il regardait attentivement le bâtiment, je le saluai et lui demandai s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose. Il me répondit qu'il avait enseigné dans cette école pendant la guerre. Je lui proposai alors d'entrer pour revoir le lieu de l'intérieur et après une courte visite au cours de laquelle il constata bien des changements, mon collègue nous ayant rejoints, il commença à nous raconter ce qu'ils avaient fait, sa femme et lui, pendant la guerre. Cette heure d'écoute fut passionnante. Nous prenions une leçon d'histoire vécue. Nous échafaudions déjà le projet de lui rendre hommage par une marque dans l'école mais il nous en dissuada en disant que cela ferait souffrir plusieurs familles du village dont les aïeux n'avaient pas eu un comportement honorable pendant la guerre. Le projet était donc mort-né. Je lis avec satisfaction qu'aujourd'hui un tel hommage a pu leur être rendu.