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lundi 8 juin 2020

Petite note sur l'éducation des personnes institutionnellement dites "avec déficience intellectuelle"

Quand on voit ce que l'on peut développer avec ces personnes dites DI/TSA lorsqu'elles sont rendues à l'âge adulte, on devrait en tenir largement compte dans le domaine éducatif et arrêter de s'obstiner à faire des choses qui ne leur apportent en définitive pas grand-chose dans leur vie quotidienne. Quand je pense au temps qui est passé dans les classes à faire des ateliers de cuisine en particulier pour faire des muffins alors que quasiment jamais ils n'en referont dans leur vie, de façon autonome en tout cas, mais qu'en revanche on les prive de développer toute leur créativité d'exprimer tout ce qui les habite en termes de pensée, d’imaginaire. C'est comme s'ils étaient réduits à n’être que des objets. On leur adresse, on leur impose des choses. Il en est de même pour les enfants ou les adolescents réguliers mais ces derniers ont les moyens de se défendre et de développer toutes sortes d'apprentissages en dehors de l'école en dehors de la classe, parfois même contre la classe et contre les pratiques scolaires.
Mais les personnes dont on dit qu'elles vivent avec une déficience intellectuelle n’ont pas ces moyens de défense. Elles sont prisonnières de ce que l'on leur impose. C'est une population qui est limitée à ce qu'on lui offre, or, ce qu'on lui offre est extrêmement réduit. C'est la réduction de ce qu'on offre aux autres à travers ce qu'on estime être strictement utile. C'est absurde parce que ce sont des personnes qui ne deviennent jamais des producteurs rentables au sens de notre société mercantilo-consumériste le conçoit. En revanche ce sont des personnes qui peuvent apporter à la société beaucoup d'autres choses, de la poésie, de la créativité etc. Elles ont d'autres qualités morales qui sont négligées, comme si elles n'existaient pas. Elles sont traitées comme des personnes malades, défectueuses, mineures. On prétend souvent développer leur autonomie mais en fait, on organise leur dépendance par l’apprentissage de l’obéissance et de la docilité.

mardi 17 mars 2020

D'un Oeil Différent 2020

Mercredi12 mars, c'était une belle fête pour l'inauguration de DOD et l'ouverture de la Semaine de la Déficience Intellectuelle. Comme chaque année, les artistes avaient rivalisé de créativité, d'imagination pour charmer les visiteurs venus en grand nombre. 
Le lendemain, j'ai pu animer comme prévu deux focus-groupes avec des artistes. Je les ai invités à s'exprimer sur leur processus créatif, sur leurs sources d'inspiration, sur leurs émotions face à leurs propres oeuvres et face aux oeuvres des autres etc. Passionnant ! Tout est enregistré et n'attend plus que du temps pour en tirer la substantifique moelle. 
Malheureusement, la pandémie de Coronavirus (ou COVID-19) a entraîné le lendemain la fermeture de l'écomusée du Fier-Monde et par conséquent l'annulation de toutes les activités prévues jusqu'au 22 mars. Parmi celles-ci, j'avais convié pour deux focus-groupes les intervenants qui animent les ateliers artistiques. Ce n'est que partie remise ! 😟

Voir D'un oeil différent CLIC !
Et même en version virtuelle pour cause de confinement : CLIC !
photo SQDI

mardi 12 juin 2018

École d'été de l'UQAM. Droits, citoyenneté et handicap: stratégies d'émancipation. 11-15 juin 2018



Sur le site du cours que j'ai créé, toutes les informations, les notes et liens 
sur les interventions de la semaine. 

et sur https://www.actualites.uqam.ca/

Vers une société plus inclusive

L'École d’été Droits, citoyenneté et handicap s'interroge sur les conditions de vie des personnes handicapées.
26 JUIN 2018 À 16H41
La rectrice Magda Fusaro entourée des membres du comité organisateur de l'École d'été.
La deuxième édition de l’École d’été Droits, citoyenneté et handicap: stratégies d’émancipation a eu lieu à l’UQAM, du 11 au 15 juin derniers. Initiative conjointe de la Faculté des sciences humaines, de la Faculté de communication, de la Faculté des sciences de l’éducation, du Centre de recherche Cultures – Arts – Société (CELAT) et du Service de soutien aux personnes en situation de handicap, l’événement a attiré près de 150 personnes – étudiants, intervenants des milieux de l’action communautaire et des services publics – ainsi qu’une vingtaine de conférenciers.
L’école d’été s’interrogeait sur les conditions de vie des personnes, sur les facteurs sociaux de leur exclusion ou inclusion sociale et sur les stratégies individuelles, collectives ou institutionnelles susceptibles de soutenir leur émancipation. Les ateliers portaient notamment sur la ville inclusive, l’accessibilité des technologies et des médias, les droits civils, sexuels, culturels, politiques, au travail et à l’éducation ainsi que sur les représentations du handicap. «Cet événement s’est démarqué par la qualité des échanges et des interventions en vue de créer une université et une société plus inclusives», souligne Mouloud Boukala, professeur à l’École des médias et coorganisateur de l’École d’été avec Mireille Tremblay et Véronique Leduc, professeures au Département de communication sociale et publique, et Jean Horvais, professeur au Département d’éducation et formation spécialisées.
«L’École d’été démontre l’engagement de l’UQAM envers les plus vulnérables et permet de donner de l’espoir à des personnes dont les droits sont constamment bafoués», mentionne Mouloud Boukala. Pour clôturer la semaine, la rectrice Magda Fusaro a prononcé un discours sur l’importance de l’inclusion à l’UQAM.

lundi 22 août 2016

Forum Social Mondial à Montréal. Comité Handicap, culture sourde et société sans barrières. Vidéo du RIPPH

Le Réseau international sur le Processus de production du handicap (RIPPH) publie sur sa page Facebook :
"Merci aux participants du Comité Handicap, Culture sourde et Société sans barrières qui ont contribué à faire du Forum social de Montréal 2016 un événement plus accessible et plus inclusif des luttes dans le champ des droits humains et du handicap. Un merci tout particulier à Joëlle Dufour, Pierre Lemay et Marie-Ève Veilleux pour la réalisation de ce documentaire du RIPPH."

Votre serviteur y met son petit grain de sel à 11'41... 

jeudi 11 août 2016

Forum Social Mondial à Montréal. Comité Handicap, culture sourde et société sans barrières. Table-ronde "accessibilité des études de la maternelle à l'université"

Pour le Forum Social Mondial à Montréal, j'ai participé depuis mars 2016 aux travaux préparatoires et aux activités du groupe de travail "Handicap, culture sourde et société sans barrières". Pour voir le programme des activités de ce groupe de travail CLIC!
Ce fut un parcours émaillé de belles rencontres parmi lesquelles, celle de l'AQEIPS (Association québécoise des étudiants ayant des incapacités au postsecondaire)qui a organisé une table ronde ayant pour thème : "le défi de l'accessibilité des études et de la formation professionnelle : une éducation inclusive de la maternelle au post-secondaire. Est-ce possible ?" 
J'ai eu le plaisir de prêter main-forte à cette dynamique équipe associative pour préparer et animer cette table ronde.

Voici mon texte d'ouverture : 

"L'accessibilité des études : vers une école inclusive pour une société inclusive. Les enjeux de la rencontre.

Dans de nombreux pays, la massification de l’enseignement et son corollaire de sélection a rendu plus visible et évidente l’infinie diversité des allures de vie et des  allures d’apprentissage des élèves. Le 20eme siècle a fait face au phénomène en développant une panoplie de mesures ségrégatives assignant à des classes et des établissements spécialisés les élèves s’écartant trop de la norme et sur lesquels on fondait peu d’espoir qu’ils devinssent productifs. L’inventivité administrative secondée par une pédopsychiatrie qui trouvait ainsi sa légitimité fit merveille pour créer un kaléidoscope de catégories auxquels on fit correspondre les classes idoines pour ranger ces élèves promis à la marginalité sociale. Leur éducation oscilla entre bienveillance et négligence. Ils bénéficièrent parfois de la formidable inventivité pédagogique de certains de leurs enseignants mais pâtirent aussi souvent qu’on les livra à des enseignants eux-mêmes abandonnés.

A la charnière des deux siècles, 20eme et 21eme, sous la poussée des revendications qui s'organisèrent et finirent par se faire entendre pour exiger l'égalité d'accès aux droits parmi lesquels celui de l'éducation, on vit émerger pour succéder à la ségrégation deux conceptions des moyens pour y parvenir : l'intégration d’abord, puis, dans la matrice de revendication des droits des minorités en Amérique du Nord, l’inclusion.

vendredi 26 juin 2015

26 juin 2015 : Université Populaire de Parents à Tarare


A l'invitation du groupe Université Populaire de Parents de Tarare (69 Rhône FRANCE) : intervention-discussion avec le groupe qui a travaillé sur le thème du handicap et de la différence.
Précédemment, nous avions dialogué par courriel. Voici mes réponses aux questions écrites du groupe:
"Être différent dans la société pour vous c'est ................? "
Il me semble important de reconnaître chacun comme "différent, ... comme tout le monde !". Simul et singulis (devise de la Comédie Française qui peut être traduite par « être ensemble et rester soi-même »)
Se sentir différent, cela peut vouloir dire se sentir stigmatisé, c'est à dire avoir intériorisé une norme sociale au point qu'elle vous donne à ressentir douloureusement cette "différence". C'est donc d'abord la norme qui s'impose et par contrepoint inflige à certaines personnes qui s'en différencient à leurs propres yeux et aux yeux des autres, une étiquette.
Faire société, cela suppose de permettre à chacun de vivre selon les marques de sa singularité naturelle et culturelle dans le respect des règles démocratiquement fixées et consenties. Cela dessine les contours utopiques d'une société inclusive.
C'est une utopie car les sociétés humaines ont toujours besoin de se définir par l'exclusion de ceux qui sont vus comme différents afin de se délimiter. Dans sa version dure, ce mécanisme se manifeste en France actuellement par le discours du FN. Dans ce discours, la différence devient stigmatisation par la production d'un jugement de valeur sur des personnes assimilées à des catégories sociales ou ethniques. Pour se rassurer les frileux, ceux qui se croient encore à l'intérieur, qui cherchent protection contre leurs peurs, désignent à la vindicte les différents. Les ayant rejetés, ils pensent pouvoir se sentir eux-mêmes protégés par la frontière de papier qu'ils croient défendre. C'est pitoyable si ce n'était tragique et le fruit d'une manipulation par des escrocs qui font leur beurre sur les peurs réciproques.

" Vous êtes vous déjà senti différent ?"
Oui... comme tout le monde !
Au sens en tout cas, où je n'ai pas l'esprit de meute, où je tente de préserver mon libre-arbitre. A ce titre, comme la philosophe Hannah Arendt, "je pense que l'on peut agir de concert et qu'on ne peut penser que solitairement." De là "la différence", qui n'exclut nullement la solidarité et l'action commune. Au contraire, elle en constitue l'aliment, la force, l'enrichissement. En physique, l'énergie est elle-même une différence de potentiel ! Il faut de la différence pour qu'il se produise quelque chose. Agir avec quelqu'un qui nous serait exactement semblable, ce serait faire équipe avec son ombre !
Cette question autour de la différence est souvent évoquée à propos du handicap. On discute à l'infini pour savoir si être affecté d'une déficience entraînant une incapacité, cette dernière constituant en contexte un handicap est ou non une différence et quel statut on doit lui donner. Cette question est largement une chimère. Chacun y projette souvent les peurs inconscientes issues du refus de sa propre vulnérabilité. Lorsque je travaille avec un élève qu'on a classé par commodité (malheureusement) dans la catégorie "déficient intellectuel" par exemple, cette déficience ne se manifeste en handicap que par "différence" avec ma propre façon de fonctionner intellectuellement. Ainsi, le handicap, c'est la situation dans laquelle nous pouvons nous trouver tous les deux lorsque nous ne nous comprenons pas. Nous sommes alors tout aussi handicapés l'un que l'autre parce que nous sommes différents. Il n'est pas plus différent de moi que je ne le suis de lui et de cette différence, il faut tirer l'énergie qui nous fera agir et réussir ensemble. Si nous n'y parvenons pas, on pourra dire que c'est autant de ma faute, moi qui n'ai pas su le comprendre, comprendre comment il comprend, que de la sienne. Et si nous y réussissons, qui pourra dire qu'il n'a pas consenti un effort aussi louable et productif que moi ?
Alors pour revenir à la question, oui, je me suis toujours senti différent parce que je sais que c'est la seule façon d'être soi et de permettre à l'autre d'être lui-même.
Aujourd'hui, le dialogue est en direct, avec une joyeuse et studieuse équipe d'animation.