
La suite est LÀ
On peut aussi consulter les commentaires des stages précédents : ICI et LÀ
Dans
votre journal réflexif, vous vous êtes intéressée à la question de l'attention des élèves. La
sensation que l'on peut avoir qu'ils sont inattentifs voire momentanément ou
durablement incapables d'attention est multifactorielle. Bien souvent, ce sont des
facteurs sur lesquels l'enseignant n'a pas de prise (dispositions intrinsèques
psychologiques, contexte familial, social... ) Il importe donc de se concentrer
sur le contexte sur lequel on a de la maîtrise, c'est à dire celui de sa
classe. C'est là que vous développerez un savoir faire favorisant l'attention,
c'est à dire au fond la mobilisation, et donc les apprentissages des élèves.
Vous avez aussi travaillé à l'établissement d'une bonne qualité de relation
personnelle avec chaque élève. Vous avez constaté avec lucidité que ce n'est
pas facile. Aux préconisations que vous avez relevées, on peut ajouter celle
qui consiste à s'intéresser à leur rapport aux savoirs et aux apprentissages. Quelles sont en ce domaine leurs attentes, leurs craintes, leurs difficultés....?
Les associer comme partenaires dans la compréhension de leur propre situation,
c'est leur permettre de prendre confiance dans la qualité de votre
accompagnement. Cela vous a amenée aussi à examiner la question de l'autorité
au regard de l'amitié que vous souhaiteriez spontanément établir avec les
élèves. Peut-être que le terme d'amitié ne convient pas totalement à la
relation pédagogique, pas plus d'ailleurs que la relation d'autorité. En effet, elle risquent toutes les deux de
conduire à une dépendance - douce ou dure - qui est contradictoire avec le
projet émancipateur de l'éducation. Ce paradoxe fondamental doit rester central
tout au long d'une carrière d'enseignante. Il n'a pas de solution, mais avec de
la lucidité, il s'actualise le mieux possible dans chaque nouvelle situation.
Votre
journal réflexif commence par aborder le thème des transitions entre les
différentes activités de la classe. Vous envisagez des pistes d'action très à
propos et débouchant sur une généralisation possible lorsque vous serez en
responsabilité d'une classe à
l'année. Vous vous intéressez ensuite à
la nécessaire variété des modalités pédagogiques pour endiguer l'ennui et le
désintérêt des élèves. Vous avez raison, c'est une question importante qui est
trop souvent remise à la charge des élèves par l'invocation de leurs propres
limitations. Or, l'inventivité pédagogique minutieusement adaptée au projet
d'apprentissage est de la responsabilité de l'enseignant. Je ne sais pas si
cela peut être toujours envisagé sous l'angle de l'amusement, mais il est
certain qu'il faut se donner les moyens d'aider les élèves à passer du
« désir de savoir » au « plaisir d'apprendre ». Cela passe
par l'émotion particulière de la joie qui se distingue de l'amusement par sa
profondeur, sa durée et finalement quelque chose de sérieux ! Sur la 3ème
thématique, celle de l'élève perturbateur, vous avancez des pistes d'action qui
sont toutes intéressantes mais ne sont pas de même "niveau". En
effet, il y a parmi elles des choses à faire "dans l'immédiat" parce
qu'il faut reprendre le contrôle de la classe et d'autres qui sont à conduire
sur du long terme parce qu'elles ont une véritable ambition éducative, laquelle
ne s'accomplit pas instantanément. Dans votre analyse suivante, vous évoquez justement
des actions à plus long terme comme l'établissement des règles de vie de la
classe avec les élèves; vous vous orientez ainsi vers ce qu'on appelle la
pédagogie institutionnelle, ce que je vous encourage à poursuivre. Vous
concluez sur les perspectives de votre future vie professionnelle avec beaucoup
de bonnes idées. Dans ce métier qui est avant tout un art, avant d'être une
technique, on n'en finit jamais de se perfectionner, c'est ce qui en fait le
charme... et la difficulté !
Dans
votre analyse réflexive de la première semaine vous abordez le thème du soutien
à apporter aux élèves pour l'appropriation des règles d'orthographe
grammaticale. Une piste supplémentaire à
explorer serait celle qui envisage de mettre à la disposition des élèves des ressources
pour améliorer leurs texte (dictionnaires, grammaires...) et de leur apprendre
à les utiliser efficacement et d'une manière critique. Dans la deuxième
analyse, vous abordez la question de votre manière d'enseigner et le stress que
vous éprouvez. Vous constatez à juste titre qu'un bon enseignement repose sur
une préparation minutieuse mais qu'il doit laisser aussi un peu de place à
l'adaptation aux circonstances. J'ajouterais qu'il ne faut pas oublier que
l'enseignant doit parfois cesser d'enseigner pour que les élèves apprennent,
c'est à dire qu'il faut envisager l'activité des élèves comme modalité
d'apprentissage. En conclusion, vous évoquez avec beaucoup de franchise et de
lucidité les difficultés que vous avez rencontrées dans la gestion de classe.
Vos pistes de résolution sont intéressantes et appropriées. Elles témoignent de
votre démarche de construction progressive de votre "style
pédagogique". Il y faudra bien sûr du temps, bien au-delà d'un stage et
quoi qu'il en soit, de la souplesse pour le réinterroger sans cesse dans chaque
nouveau contexte.
Dans
votre journal réflexif, la gestion de classe occupe une grande place et vous
évoquez avec franchise les difficultés et les émotions que cela vous a amené à
vivre. Bien des éléments ne peuvent être parfaitement maîtrisés dans le bref
délai d'un stage et du fait de votre inexpérience. Cela viendra. Je pense
qu'avant même de chercher dans des dispositifs de contention les remèdes aux
écarts de comportement des élèves, il faut commencer par chercher à les
interpréter, ce qui ne veut pas dire excuser, mais tenter de comprendre ce que
leurs gestes signifient alors qu'ils n'ont pas l'élocution suffisante pour le
dire. A cet égard, on peut interroger l'expression "élèves ayant des
troubles du comportement" pour se demander "qu'est-ce qui trouble
leurs comportements? par quel élément contextuel leur comportement est-il
troublé ?" . Une autre piste consiste - sur du long terme - à les associer
à la construction raisonnée de l'espace social et institutionnel de la classe
afin qu'ils s'en sentent responsables et pas seulement prisonniers.
Dans
votre journal réflexif, vous vous intéressez à bon droit au thème du
questionnement des élèves. Aussi trivial que cela puisse paraître, c'est une
compétence cruciale pour comprendre ce que les élèves comprennent et comment
ils le comprennent afin d'intervenir adéquatement pour les soutenir. Vous
constatez avec plaisir qu'en mettant en oeuvre les stratégies que vous aviez
prévues, vous progressez dans cette compétence. Au fil du temps, vous la
développerez et vous pourrez aller jusqu'à animer des interactions entre les
élèves favorisant leurs prises de conscience métacognitives. Ensuite, en
semaine deux, vous évoquez les relations enseignante-élèves bâties sur la
connaissance réciproque. C'est effectivement important de donner une place
authentique aux relations humaines, dans le respect évidemment de la
confidentialité. Vous observez à juste titre combien ces bonnes relations sont
un terreau fertile pour les apprentissages car ils donnent confiance aux élèves
dans le fait qu'ils sont avant tout reconnus comme des personnes. Votre
troisième thème est celui de l'anxiété que vous avez repérée chez certains de
vos élèves. Il est incontestable qu'elle doit entraver leurs apprentissages et
que l'école ne devrait pas être un lieu anxiogène. On peut, comme vous le
faites, s'interroger sur les moyens d'endiguer ce qui est vu comme une
pathologie dont les élèves seraient porteurs. Cela ne doit pas empêcher de nous
interroger sur les conditions de fonctionnement d'un système scolaire qui
l'engendre par sa sélectivité. Dans la classe, cela revient à la question de
savoir comment en faire "un espace hors menace" propice à la
coopération. Vous prolongez d'ailleurs
cette réflexion dans ce sens la semaine suivante en vous interrogeant sur la
médication des élèves utilisée comme moyen de contention. Chacun son rôle,
médecin ou pédagogue, c'est vrai, mais celui du pédagogue est d'adapter sa
pédagogie aux élèves et non l'inverse. Je vous invite à garder cette vigilance.
Votre
journal réflexif témoigne de l'intensité de vos réflexions faisant le lien
entre les pratiques favorables à une bonne gestion de classe, l'établissement
de relations interpersonnelles positives et propres à soutenir l'engagement des
élèves ainsi que la question centrale d'une bonne pédagogie proposant des
apprentissages signifiants aux élèves. Vous avez vu que l'alchimie liant ces
composantes est délicates, en particulier avec des élèves que les hasards de la
vie n'ont pas ménagées. On voit bien à travers votre rapport que ces jeunes
filles ont besoin d'identifier avec certitude à qui et à quoi elles peuvent se
fier, étant donné les expériences diverses de "trahison" qu'elles ont
pu avoir. L'adulte qui se porte à leur rencontre est-il (elle) fiable ? Il leur
faut le tester, et c'est parfois rude ! Le fonctionnement institutionnel de la
classe, de l'établissement et pour finir, de la société, est-il fiable ?
Protège-t-il vraiment dorénavant alors qu'il a semblé auparavant trahir ? Y
a-t-il une justice et une permanence possible des rapports sociaux ? Est-il possible de coopérer sans risquer
d'être victime ? ... toutes ces questions et bien d'autres sans doute les
hantent. Ce ne sont pas des questions auxquelles des techniques seules peuvent
répondre. Il y faut des adultes qui s'engagent, qui se portent garants. Parmi
eux, les enseignant(e)s sont souvent en première ligne.
Votre
journal réflexif témoigne de deux objets de réflexions essentiels : d'une part
des questions pédagogiques et didactiques (calcul mental, orthographe) d'autre
part, la gestion de classe. Vous allez pouvoir maintenant faire le lien entre
les deux car l'un ne va pas sans l'autre. Il n'y a pas de bonne gestion de
classe possible qui ne s'appuie sur une pédagogie et une didactique qui donnent
envie d'apprendre aux élèves.
Vos
élèves ont certes leurs difficultés, mais sur quoi allez-vous pouvoir vous
appuyer pour leur enseigner ? pas sur
leurs carences. Je vous invite à quitter la vision défective que vous avez
d'eux et de leurs familles sur lesquelles vous portez des jugements assez
défavorables qui n'aideront pas à améliorer la situation. Que savons-nous de la
vie de ces parents, de ces mères le plus souvent, qui sont aux prises avec la
misère sociale, le mal-logement, des souvenirs douloureux de leur propre
scolarité... ? Comment l'école va-t-elle
faire pour leur signifier qu'elle respecte leur dignité et qu'ils-elles sont
invité(e)s à un partenariat exempt de jugement?
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