
A l'invitation du groupe
Université Populaire de Parents de Tarare (69 Rhône FRANCE) : intervention-discussion avec le groupe qui a travaillé sur le thème du handicap et de la différence.
Précédemment, nous avions dialogué par courriel. Voici mes réponses aux questions écrites du groupe:
"Être différent dans la société pour vous c'est ................? "
Il me semble important de reconnaître chacun comme "différent, ... comme tout le monde !". Simul et singulis (devise de la Comédie Française qui peut être traduite par « être ensemble et rester soi-même »)
Se sentir différent, cela peut vouloir dire se sentir stigmatisé,
c'est à dire avoir intériorisé une norme sociale au point qu'elle vous
donne à ressentir douloureusement cette "différence". C'est donc d'abord
la norme qui s'impose et par contrepoint inflige à certaines personnes
qui s'en différencient à leurs propres yeux et aux yeux des autres, une
étiquette.
Faire
société, cela suppose de permettre à chacun de vivre selon les marques
de sa singularité naturelle et culturelle dans le respect des règles
démocratiquement fixées et consenties. Cela dessine les contours
utopiques d'une société inclusive.
C'est
une utopie car les sociétés humaines ont toujours besoin de se définir
par l'exclusion de ceux qui sont vus comme différents afin de se
délimiter. Dans sa version dure, ce mécanisme se manifeste en France
actuellement par le discours du FN. Dans ce discours, la différence
devient stigmatisation par la production d'un jugement de valeur sur des
personnes assimilées à des catégories sociales ou ethniques. Pour se
rassurer les frileux, ceux qui se croient encore à l'intérieur, qui cherchent protection contre leurs peurs, désignent à la vindicte les différents.
Les ayant rejetés, ils pensent pouvoir se sentir eux-mêmes protégés par
la frontière de papier qu'ils croient défendre. C'est pitoyable si ce
n'était tragique et le fruit d'une manipulation par des escrocs qui font
leur beurre sur les peurs réciproques.
" Vous êtes vous déjà senti différent ?"

Oui... comme tout le monde !
Au sens en tout cas, où je n'ai pas l'esprit de meute, où je tente de
préserver mon libre-arbitre. A ce titre, comme la philosophe Hannah
Arendt, "je pense que l'on peut agir de concert et qu'on ne peut penser
que solitairement." De là "la différence", qui n'exclut nullement la
solidarité et l'action commune. Au contraire, elle en constitue
l'aliment, la force, l'enrichissement. En physique, l'énergie est
elle-même une différence de potentiel ! Il faut de la différence pour
qu'il se produise quelque chose. Agir avec quelqu'un qui nous serait
exactement semblable, ce serait faire équipe avec son ombre !
Cette
question autour de la différence est souvent évoquée à propos du
handicap. On discute à l'infini pour savoir si être affecté d'une
déficience entraînant une incapacité, cette dernière constituant en
contexte un handicap est ou non une différence et quel statut on doit
lui donner. Cette question est largement une chimère. Chacun y projette
souvent les peurs inconscientes issues du refus de sa propre
vulnérabilité. Lorsque je travaille avec un élève qu'on a classé par
commodité (malheureusement) dans la catégorie "déficient intellectuel"
par exemple, cette déficience ne se manifeste en handicap que par
"différence" avec ma propre façon de fonctionner intellectuellement.
Ainsi, le handicap, c'est la situation dans laquelle nous pouvons nous
trouver tous les deux lorsque nous ne nous comprenons pas. Nous sommes
alors tout aussi handicapés l'un que l'autre parce que nous sommes
différents. Il n'est pas plus différent de moi que je ne le suis de lui
et de cette différence, il faut tirer l'énergie qui nous fera agir et
réussir ensemble. Si nous n'y parvenons pas, on pourra dire que c'est
autant de ma faute, moi qui n'ai pas su le comprendre, comprendre
comment il comprend, que de la sienne. Et si nous y réussissons, qui
pourra dire qu'il n'a pas consenti un effort aussi louable et productif
que moi ?
Alors
pour revenir à la question, oui, je me suis toujours senti différent
parce que je sais que c'est la seule façon d'être soi et de permettre à
l'autre d'être lui-même.
Aujourd'hui, le dialogue est en direct, avec une joyeuse et studieuse équipe d'animation.